Wednesday, December 16, 2009

Vivement les vacances

Dans la ville, selon les panneaux, on devine l'époque !

Il y eut le garçonnet en culotte courte qui accompagnait d'un bon pas sa petite soeur. Joyeux, ils ont tous les deux le nez en l'air. Ensuite, ils ont grandi et gagné en graphisme : lui a toujours sa pochette sous le bras, mais porte le pantalon, et sa soeurette, un peu plus gracile, a déjà plus de caractère.

Plus tard, bien plus tard, quand la soeurette est nounou pour gagner trois sous, elle porte pantalon et manteau et droite comme un bâton de sergent major, emmène de force un petit garçon qui n'aime pas du tout aller à l'école.
Etrangement, sur ces trois panneaux, l'école est située à gauche, vers le passé.

Moralité :
Que ce soit pour les enfants, pour les nounous
ou pour les maîtresses d'école,
vivement les vacances !

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Panneaux de la rue Oborichte (images 1 et 2) et du Bld Vasil Levski (3),
décembre 2009, 4°C.

Tuesday, December 15, 2009

Secrets de Marionnettes...

Prologue :
"- Comment ça, elle n'est pas prête ?
- Oui, il y a encore des petits coups de ciseaux à donner dans les cheveux pour qu'on lui reconnaisse sa grosse tête toute ébouriffée !
- Mais qu'elle lui taille une casquette, ce sera plus rapide !"

Oh la la, ça barde chez le Faiseur de Théâtre d'Ombres ! Il a peur de prendre du retard pour son dernier spectacle, "Macha, le voyageur des grands chemins et la danseuse étoile".

Ce n'est que lorsqu'on passe de l'autre côté de l'écran virginal à la lampe aveuglante que l'on comprend un peu mieux son inquiètude. Voyez, il manque le petit frère de Macha et c'est la dame au fond, assise sur la banquette, qui est en train de le découper. Le Faiseur de Théâtre l'aidera -en grognant- à assembler les pièces avec des attaches dites parisiennes, puis scotchera délicatement quelques bâtonnets sur la silhouette de papier pour pouvoir l'actionner, c'est-à-dire "lui donner vie", comme il dit !

**Ö** .ö. **Ö**


Ce dimanche-là, à la 'Tchaï Veuve Fabrikata" de Sofia, il régnait une belle euphorie. De nombreuses familles avaient pris d'assaut fauteuils, chaises, tables, coins et recoins du grand salon, tandis que leurs jeunes enfants allaient de ci, de là, d'un atelier à un autre... C'est que depuis plus d'un mois en effet, chaque week-end, une petite chouette, Little Owl*, vient poser ses malles magiques pour initier les enfants à plusieurs activités. Vous comprenez pourquoi le faiseur de théâtre d'ombres est sur son 31 et pourquoi il veut que ses marionnettes soient parfaites pour la représentation qu'il doit donner.
Beaucoup de jeunes enfants étaient présents. On sentait la joie palpiter : comme autant de papillons dans un champ de fleurs sauvages, ils s'ébrouaient de partout ! Alors que certains acceptaient de mettre à l'épreuve leur patience pour jouer à la pêche miraculeuse, d'autres patouillaient et bidouillaient consciencieusement de la pâte à sel colorée, avant de l'écraser et d'utiliser de petits gabarits pour donner naissance à des sujets qu'ils emporteront pour décorer le sapin de la maison. C'est derrière, dans le long couloir que le groupe des fabricants de bougies avait posé ses pots de cire liquide et ses bassines d'eau glacée. Attention en passant près d'eux, il ne fallait surtout pas les bousculer ! Tremper la mèche dans les petits pots demande beaucoup d'habileté et de patience...
Mais pourquoi vouloir passer par là, me demanderez-vous ? Tout simplement parce que la pièce du fond avait été transformée en un tout petit espace de vente, le temps de ces week-ends récréatifs. C'est le repère véritable de la Petite Chouette, et je peux vous garantir que les mamans ou les grand-mères dénichent des trésors de jouets pédagogiques que l'on pourrait trouver facilement chez un F_ _c Ev_ _l et J_ _x ou dans un Nat'&Déc. français, mais pas ici.

Pour jouir d'une atmosphère plus zen, il faudra y retourner quand les fêtes seront passées et que l'agitation de décembre sera retombée, car la TchaÏ Bvb Fabrikata (traduction littérale du bulgare : "le thé à la fabrique") est un merveilleux endroit pour se poser à toute heure, pour se régaler d'un plat du jour ou découvrir le menu végétarien, pour choisir son thé préféré ou commander un inédit. Le grand salon fait aussi office de Galerie d'Art, et y sont régulièrement exposés des tableaux grand format !

*
www.littleowl.bg/en

Tea House / Tchaï Bvb Fabrikata -
Georgi Benkovski 11 - Tel. : 088 705 10 80

Monday, December 14, 2009

Tapis fauve

dans le jardin du Centre-Ville

Voici un des nombreux chiens errants de la ville qui cherche un peu de chaleur à l'abri d'un vieil acacia en marcescence. De loin, j'avais cru apercevoir un chevreuil en dorme.

En regardant cette image, je me demande si elle ne pourrait pas illustrer la définition de la couleur fauve, que l'on trouve dans "POURPRE", le dictionnaire de la couleur. La couleur fauve appartenant à la gamme chromatique des jaunes, et étant "ocre orangé à roux ou tirant sur le roux."


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Jardin Municipal, 11 décembre 2009, 5°C.

Sunday, December 13, 2009

"Neige, сняг !'

qu'il disait !

A une heure à l'est de Sofia, aujourd'hui :

Repérage de l'endroit où nous allons partir une semaine
samedi prochain...

Le soleil rentrait doucement se coucher vers 15h30
par moins 2°C sur la route de Borovets.
(web cam au quotidien ici)

Comme dans les films,
les cartes postales,
les dessins animés,
mais là, c'est pour de vrai !
wouah !


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Route de Borovets, 13 décmbre 2009, -2°C.

Couleurs d'hiver

sur les étals
La famille de Goliamo et Malko, les radis rendus célèbres par Patatnik le mois dernier, est plus que jamais présente sur cette table, certains en smoking noir et d'autres en smoking blanc. Devant eux, des sachets de potiron épluché et débité en gros morceaux réchauffent de leur bel orange de mars cette Conférence des Légumes hivernale. On peut les utiliser pour la soupe ou la purée, mais nous, on préfère de loin les tourner en compotes enrichies de quelques pommes bulgares et de lamelles de gingembre frais. Du nanan !

Dans la palette des couleurs chaudes, on relèvera également la présence dominante de... liasses de 10 en poivrons aplatis comme des crêpes, sans pour autant avoir été repassés et tous, emmaillotés d'un élastique coloré. On dirait même qu'ils ont été vernis tant ils brillent. Sont-ce là des réserves pour l'hiver ? Comment les utilise-t-on ? J'aurais tendance à les monter en guirlande pour le sapin, ou mieux, à les mettre sous verre, tant leur couleur authentique est magnifique ! Mais ici, rien que de le penser, cela me paraît être déplacé !
Enfin, en provenance directe des Trois Ours de Boucle d'Or, à plusieurs dans les grands pots et moyens pots (à couvercle jaune) et en solo dans les petits pots (à bouchon rouge ou bleu), vous sont proposés des légumes de toute sorte plongés dans la saumure. Il n'y a pas de mot en français pour les nommer. Les Anglais parlent de "pickles" et ici, on dit : "tourchia" (Tуршия). Du chou-fleur à l'oignon, en passant par la carotte, le poivron jaune, vert ou rouge, le cornichon "russe" et les petites tomates rouges ou vertes, tout y est. D'ailleurs, en voyant les étages de légumes différents, je me suis souvenue de ceux des conserves de fruits que ma grand-mère préparait durant tout l'été. Contrairement à la tourchia, "la liqueur de jeune homme" appartenait au registre des desserts : elle mettait à macérer dans un grand bocal d'eau de vie tous les fruits de la saison qui poussaient dans son jardin. Placés en strates, il y avait d'abord les cerises, puis les prunes ou mirabelles, les framboises, les groseilles, les fraises, et cela se terminait par quelques poires. Tout les invités macéraient donc gentiment dans l'alcool de fruit, -la goutte de pomme du grand-père, c'était le meilleur !-, en attendant que le bocal se remplisse. Au début de l'automne, ma баба le fermait définitivement avec une feuille de papier sulfurisé et un couvercle métallique et allait le placer -avec les autres- dans son placard des réserves, oublié au fond de l'arrière-buanderie de la cour ! On savait bien qu'il n'en ressortirait qu'un an ou deux ans plus tard !! Les adultes y avaient droit, après le café, en guise de pousse-café. Nous, enfants, à force de réclamer, on y goûtait un peu aussi, dans un verre aussi grand qu'un dé à coudre de nain... Souvenirs ! Ici, ce mélange de légumes saumurés, la tourchia donc, se sert le plus souvent coupés en petits morceaux pour agrémenter l'apéritif.
Rouge garance en liasses, orange de Mars en morceaux et jaune d'or en petits piments saumurés, qui a dit que les couleurs de l'hiver étaient fades ?


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Marché de Graf Ignatiev, 6 décmbre 2009, 6°C.

Saturday, December 12, 2009

Deux Indiens

dans la ville

A Paris, dans le métro, pour présenter la musique des Andes, les musiciens s'habillent aux couleurs du Pérou. Ici, ils se déguisent en Indiens d'Amérique du Nord et jouent tout de même de la flûte inca. Chacun ses références ! Le Dream-Catcher, que l'on plaçait au-dessus des berceaux pour qu'il attrape les mauvais rêves dans les mailles de son filet souvent agrémenté de quelques grigris de plume ou d'os, est ici surchargé d'un squelette de tête de carnivore à cornes... certainement par souci de décoration authentique. Etrange !
Cependant, ces drôles d'Indiens jouaient plutôt bien, malgré le froid et le bruit des trams qui passaient sans répit.

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Place des bouquinistes , 8 décembre 2009, 6°C.

Friday, December 11, 2009

"NEIGE !

Neige en vue !"*

cliquez sur l'image pour toucher la neige des yeux
Lundi après-midi, la pluie était glacée, proche des flocons fondus. Sur le sommet du Mont Vitosha, à l'inverse, lorsque les nuages ont décidé de s'ébrouer un peu sous les sollicitations du vent du lendemain matin, la neige est apparue, sublime de blancheur.
Bали сняг !* (il neige)
Les experts disent que la Belle de l'Hiver descendra de sa montagne dès la semaine prochaine et viendra dans les rues de Sofia pour les parer de ses étoiles scintillantes. A voir !


*d'aucun aura reconnu le cri de surprise, de joie et de désespoir mêlés poussé par la célèbre vigie agrippée à son tonneau au sommet du mât du bateau des pirates dans un des Astérix...
(Figurine de Baba le pirate noir, chez Plastoy).

*мерси Люсил
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Le Mont Vitosha, 8 décembre 2009, 6°C.

Thursday, December 10, 2009

Les deux faux-frères :

* - Comme promis...
présentation de la Lettre http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ea/GlagolitsaAz.gif !
- Je dirais même plus : de la lettre Alpha !


Vous les aviez découverts de dos fin novembre. Les voici de face...
Vous remarquerez que Cyrille et Méthode relookés semblent physiquement semblables : tous les deux regardent loin devant, ont l'appendice nasal plutôt aquilin et portent la barbe fournie. Pourtant, ils se distinguent en un point, tout comme les deux policiers dans les Aventures de Tintin, les célèbres Dupont et les Dupond (DuponT a la moustache Troussée et celle de DuponD est Droite, voire tombante) ! Ici, l'artiste a placé un alpha renversé sous la barbe du premier et non sous celle du deuxième.

Dans l'alphabet glagolitique, la première lettre est le alpha,
que l'on appelle "az" : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/ea/GlagolitsaAz.gif
Sur la base du monument, s'expriment de nouvelles lettres, certaines appartenant à l'alphabet glagolitique, d'autres au cyrillique.


*image extraite de Story BD
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N.D.K. / Palais National de la Culture, 6 décembre 2009, 06°C.

Wednesday, December 9, 2009

Ombres cabotines

qui chantent à tue-tête dans le grand parc

"Trak trak Traka trak... трак трак трака трак"Les entendez-vous chanter ce refrain
de плела ми е мама (ma mère m'a tricoté)*
sous les derniers rayons du soleil d'automne ?
Création d'un autre temps, ces six enfants de bronze portant nattes ou culotte courte attirent toujours autant les enfants d'aujourd'hui qui aiment jouer autour. Attention tout de même, à ne pas faire trop de tapage, car dans cette ville riche de mille sculptures, certains créateurs n'hésitent pas à figer les ombres, jusqu'à les tourner en pierre !
C'est ce qui est malhereusement arrivé, on ne le sait que trop bien, à celles de ces messieurs du banc public de la place Slaveykov, петко и пенчо, découverts en octobre dernier sur Patatnik.


*Chansonnette bulgare pour les enfants :
"Ma mère m'a tricoté de belles chaussettes colorées,
trak trak traka trak,
Vais-je les porter ou les regarder ?
trak trak traka trak, Bon, je vais les porter pour qu'on me regarde.
trak trak traka trak"



Merci à Cécile pour le prêt de son disque BULGARIE chez ArbMusic
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Jardin Bodina, 27 novembre 2009, 5°C.

Tuesday, December 8, 2009

L'autre visage

de "La Grange"
Repère incontournable pour ceux qui veulent laisser leur imagination se reposer un peu ! En effet, pas besoin d'imaginer, il suffit d'observer et tout le Monde de l'incroyable se révélera à vous !

C'est en prenant le petit chemin qui longe la grosse maison verte de la rue du 6 septembre que vous atteignez un abri en planches mal équarries, (et même avec des trous pour les manquantes) comme s'il avait été monté dans la précipitation et pour des fins temporaires sinon éphémères. Ce furoncle posé sur le mur d'une maison, est-ce un cabanon pour ranger des outils ? Ou des "pipi room" ancien style ? Ni l'un, ni l'autre ! A travers les interstices, on repère quelques affiches : pas de motos ni de playmates, ce sont des affichettes de concerts ou de spectacles plutôt "alternatifs".

Mince, ça y est , le mot est lâché ! Je ne peux donc pas faire durer le suspens plus longtemps ! Effectivement, vous voilà devant le lieu "alternatif" du centre ville, devant l'entrée très recherchée d'un bar de fortune -pour ne pas dire "destroy", 'hard metal" ou "rock'n'roll gothique"- installé dans une grange, laquelle a déjà essuyé ses heures de gloire (sans beauté, certes) il y a bien longtemps -du temps de la deuxième guerre mondiale, lorsqu'elle avait été investie pour servir d'imprimerie clandestine.

Je suis passée par ici de bonne heure un samedi matin, après que toute la faune ait quitté les lieux pour aller se reposer de sa longue nuit bruyante, enfumée et éclairée uniquement à la bougie, que ce soient des cierges ou des petites bougies à thé. La porte était entrouverte. Face à l'entrée, dans la nuit artificielle de la pièce aveugle, une ampoule électrique hurlait de tout son éclat jaune paille prisonnier du filament et bavait de désespoir quelques-uns de ses rayons crus sur le mur noir tout proche. Impossible de faire un pas de plus : une puissante odeur de tabac froid ancestral m'avait déjà agressé la gorge avant de s'incruster, tenace, dans mes cheveux. Un bruit mat et régulier m'intriguait pourtant. C'était le va-et-vient d'un balai effrangé, fatigué de se frotter à la suie, à la crasse, à la noirceur indélébile. Lorsqu'il se retrouvait plongé dans les abysses infernales d'un seau sans couleur, il ne dégorgeait certainement que des bulles alourdies par toutes les ombres denses ayant été piétinées la nuit précédente... Voilà ce que j'ai pensé en apercevant ce balai usé. Fort concentrée, une femme de ménage passait la "lavette" sur les dalles noires et défoncées. Elle s'est arrêtée au bout d'un long moment, m'a regardée un instant puis demandé ce que je voulais. Impossible de lui répondre autrement que par un sourire, de la saluer et de reprendre le chemin de la sortie, derrière les planches branlantes, pour respirer au soleil frais, à grandes goulées gourmandes. A chaque inspiration, j'attisais cette illusion de me délester un peu plus de l'Odeur du lieu. Et puis, il me fallait remettre en grande hâte mes idées en place tout en accueillant avec bonheur les toutes premières impressions de surprise, de peur, d'écoeurement, de dégoût et de fascination mêlées.
Y avait-il une mezzanine ? En voyant les drôles de petites ouvertures donnant l'idée d'un visage déformé qu'aurait pu peindre avec moult détails Archimboldo, voire -plus proche de nous- Magritte, on peut le supposer, mais à l'intérieur, tout était plongé dans une telle noirceur que les lignes se fondaient dans l'obscurité. Il faudrait s'y rendre pour de vrai, un vendredi soir vers minuit, par grand froid, avec un masque à oxygène pour les asthmatiques ! Avis aux amateurs !

Ah, Curiosité, tu n'as pas ta Déesse, mais les Grecs auraient quand même dû y songer ! Je t'aurais adressé une petite pensée pour te remercier de m'avoir guidée jusque par ici ! Merci aussi à Lucile pour m'avoir dégoté l'adresse...


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Rue du 6 Septembre, 5 décembre 2009, 6°C.

Monday, December 7, 2009

Savoir-Faire

ancestraux

Le coutelier :

Gardant à l'esprit cette notion du travail bien fait si chère aux anciens, cet artisan-coutelier est en train de scier puis limer certaines entailles dans de la corne pour ensuite procéder à des incrustations avec un fil de cuivre qu'il va marteler à coups de burin et marteau ! Il donne naissance à une pièce unique, un couteau qui viendra alourdir la poche d'un débrouillard en vadrouille ou le sac-à-main d'une femme n'aimant pas se sentir démunie !

La tisserande :

La laine a été cardée puis teintée. Après avoir monté son métier, la tisserande s'installe sur son banc et lance la navette, dans un sens puis dans l'autre tandis qu'elle joue des pédales pour lever et descendre certaines armures de son métier à bras. Petit à petit, ligne après ligne, la toile gagne en longueur... Combien de pensées colorées sont-elles accrochées là tandis que -imperturbablement- le cliquetis des tabliers de bois égraine dans leur litanie l'arrivée en pointillés de la nouvelle trame ?


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Place de l'armée Rouge, sous les tentes de Noël, 27 novembre 2009, 5°C.

Sunday, December 6, 2009

La forêt de

BabaYaga
la sorcière russe qui dévore les enfants...
illustration du peintre russe Ivan Iakovlevitch Bilibine


se trouve juste à une demi-heure de Sofia !


la suite très vite !
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Sur les monts de Vitosha, 29 novembre 2009, 8°C.

Saturday, December 5, 2009

Le peintre

d'Alexandre Nevski

Vous souvenez-vous de ces petits matins frais -glacés même-, de l'enfance ? Et de cet instant où vous voyez le souffle de votre bouche qui vient d'ex-primer sous votre nez et en vapeur un "oh-cheuuuh" test ? Regardez un peu plus loin et vous verrez très rapidement des fils de la Vierge couverts de gouttelettes, qui non seulement alourdissent la toile mais lui tuent son invisibilité. Vous voyez ?
Alors on y est, c'est ça, le début de la fraîcheur automnale.

Ce matin-là, il faisait frais. Il planait cette odeur si particulière de charbon de bois ou de lignite, avec ce fumet acre mais plaisant qui pique un peu au fond de la gorge. En milieu de matinée, la brume rôdait toujours sur la ville et modelait le panorama. Elle aimait particulièrement s'ébouriffer dans les buissons des jardins environnants.
Pas très loin, dans un rayon de soleil, un peintre s'était posé et armé de ses brosses et couleurs avait décidé de capturer une grande dame... Soudain, en l'observant un peu mieux, j'eus l'impression que tout se ralentissait, que le temps s'arrêtait presque, avec un silence feutré et le bruit des voitures assourdi par la brume. Ce peintre était dans sa bulle ! Respirations colorées...

Voyez l'ombre projetée du pinceau sur la toile...
Plaisir partagé !
Le modèle est imposant : Saint Alexandre Nevski, la plus grande église orthodoxe de toute l'Europe, construite en 1912 en mémoire de tous les martyrs tués durant la guerre. On en oublie l'étrange statue en aube de pierre gris béton tenant haut devant elle deux armes tranchantes. Quelques jours auparavant, des élèves étaient venus avec leur professeur déposer à ses pieds des gerbes et des fleurs en mono-bouquet enrubanné. Encore une énigme à découvrir pour moi !
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Jardin derrière Nevski, 27 novembre 2009, 5°C.

Friday, December 4, 2009

Les contes de la Lanterne Rouge

du boulevard Vasil Levski
(extrait :)

"C'était il y a très longtemps, un temps bien plus vieux que le plus vieil arbre encore présent sur Terre. Chaque fois que la lanterne rouge se mettait à briller de tous ses feux, les villageois savaient que le dragon bleu allait s'envoler pour chasser...

Cette nuit-là, le vent s'est mis à souffler plus qu'il ne devait. La lune, affolée, ne voulait pas voir cela, et lui envoyait déjà ses meilleures étoiles messagères pour en appeler à ses bonnes grâces. Elle voulait qu'il lui livre des nuages tout neufs, pétris par son souffle enragé, pour se cacher derrière ! Mais, Miro, le jeune homme à la ceinture dorée, n'avait pas peur, lui, et ce, ni de la lanterne rouge allumée à l'entrée du village, ni de la tempête qui se levait. Il irait rejoindre Atanas qui l'attendait au sommet du pic noir, comme il le lui avait promis.(...) "

Après les Contes de la Lune Vague après la pluie (film de Mizoguchi ayant reçu le Lion d'Argent en 1953 à la Mostra Venise) ou les Contes de la Rue Broca écrits par Gripari, pourquoi n'y aurait-il pas ceux de la lanterne rouge, avec en personnage principal, ce fabuleux Dragon Rouge aux ailes cobalt que l'on peut découvrir aujourd'hui plus que jamais sur le petit toit recourbé du restaurant chinois qui se trouve sur le boulevard de Vasil Levski ?


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Restaurant chinois du Boulevard Vasil Levski, 3 décembre 2009, 10°C.

Thursday, December 3, 2009

En métro

vers le Centre
Pas mal comme mot du jeudi, CENTRE ! En tant que nom masculin, on dira чентър quand il est avec un article indéfini. Sinon, avec un article défini, s'il est sujet de la phrase, c'est чентрът et s'il n'est pas sujet, c'est чентъра*.
* mepcи Люсил
Belle occasion ici de découvrir le métro moderne de Sofia. Il est assez désert, flambant neuf, et cette station n'a pas de panneaux 4 par 3 pour la pub. Un endroit idéal pour un film un peu angoissant sur le spleen ou la dépression.

Ce qui est drôle, ce sont les barrières de sortie ou d'entrée... Ce n'est pas à Paris que l'on verrait cela, n'est-ce pas ?


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Station de Joliot-Curie, 28 novembre 2009, 5°C.

Wednesday, December 2, 2009

Sont-y pas beaux

les camions bulgares sur les chantiers ?

Je trouve qu'ils sont aussi beaux que leur conducteur préféré ! Et je ne vous raconte pas combien ils émettent de la fumée grise et noirâtre lorsqu'ils démarrent ou qu'ils reprennent leur respiration car on leur change la vitesse. Cela m'a fait penser à la chanson de la voiture qui pue et qui pète !
Enfin, c'est bien connu, avec du vieux, on fait du neuf, -surtout ici-, donc repeint en blanc avec un pare-chocs aux couleurs du drapeau bulgare, ça en jette encore plus ! Incontestablement, les camions bulgares, c'est de la dynamite !


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Place de la petite église de Sainte Sophie, 2 décembre 2009, 6°C.

Tuesday, December 1, 2009

Novembre

s'en est allé...

Il y eut la rencontre avec Cyrille et Méthode devant le Palais de la Culture, et les guirlandes de raisin bien mûr sur les grilles en fer forgé des villas du Renouveau National,
il y eut la silhouette du Mont Vitosha avec ses premières neiges,
il y eut le Palais endormi et son somptueux tapis doré étalé devant la terrasse secrète comme dans un ballet de Tchaïkovski avec Noureev en Maître des lieux,
il y eut la découverte extraordinaire du Palais transformé en Musée des Beaux-Arts, le plus grand de toute la Bulgarie et la rencontre avec des dompteurs de lumière,
il y eut d'autres vernissages, avec en particulier un flash amoureux pour un "Jardin de Nuit" dans la galerie de l'Université,
il y eut les 20 ans de la chute du mur de Berlin, c'est-à-dire les 20 ans de cette nouvelle jeunesse libre en droit de vivre, de penser, d'être,
il y eut une balade en métro, deux escapades en taxi jaune mais pas encore en trabband,
il y eut des marchés aux couleurs solaires et des échanges avec les gens dans un bulgare hésitant mais joyeux, grâce à Baba Milka, ma super prof de bulgare,
il y eut de longues promenades dans les petits quartiers bien marqués de la Capitale, en duo ou en compagnie, où l'on peut croiser aussi bien des Popes aux passages piétons, que des Roms en plein travail de récupération avec leur carriole bringueballante, des graffitis au pochoir sur les façades marbrées des nouvelles boutiques chics et la trouvaille -non sans un réel plaisir- de mes premiers endroits non fumeurs,
il y eut les premiers marchés de Noël qui sentent la choucroute quand c'est organisé par l'Ambassade d'Allemagne, mais aussi les bougies à la cire d'abeille dans les églises nimbées d'encens, les répétitions a capella de chants bulgares dans la Rotonde sous le regard cerné de khol de l'Ange et les envois d'icônes dorées aux amies et à la famille,
Il y eut l'échappée belle sur le Mont Vitosha, au coeur de la Nature, avec mes chaussures de marche rouges, qui ont traversé la forêt de Baba Yaga, les moraines protégeant un torrent souterrain et les premières côtes (et non pentes, tout dépend du point de vue) verglacées,
il y eut encore l'aube sur Alexandre Nevski dont on ne peut se lasser,
Il y eut une soirée ici avec un couple d'amis avec leur petite fille ; c'est ainsi que leur belle orchidée est venue accompagner la famille de plantes de la maison, donnant ici en projection privée sur le mur du salon, un matin ensoleillé de notre bel été tsigane,

Et avec un petit 2°C le matin, Décembre / декембри est arrivé.


Monday, November 30, 2009

Le Yin

et le Yang

Version Yin ; matin des premières gelées de fin novembre :
les campements sont plongés dans la brume givrante.
Version Yang ; nuit veloutée et ombres pleines :
La magie domine.

Le marché de Noël ouvrira ses portes ce soir.

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Pametnik na Savetskata armia, 29 novembre 2009, 2°C. et 6°C.

Sunday, November 29, 2009

Au bout du bout

du long couloir rouge,
il y a de la couleur en concentré.
Ce qui est fascinant dans ce palais, ce sont les lieux, l'empreinte du passé dans certaines pièces. Au rez-de-chaussée où a lieu actuellement l'exposition temporaire d'aquarelles d'Ivan Dimov, la pièce qui accueille ces oeuvres devait être l'ancienne chapelle du Palais... Au plafond apparaissent encore les Evangélistes, vieillards chenus accompagnés dans leur sainte lecture d'un animal ou d'un enfant. Les peintures murales sont également époustouflantes, fortes de lacis et d'entrelacs comme les Anglo-Saxons aimaient à développer.
Si impressionnée par l'endroit en tant que tel, je n'ai pas réussi à me concentrer sur l'exposition du moment !



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Palais Kniaz Al. Batenberg, 25 novembre 2009, 9°C.

Saturday, November 28, 2009

Atmosphères aux lumières

poudrées de l'oubli si léger.

Qui sont les peintres bulgares ? Dans les guides, des ribambelles de noms aux consonances locales se succèdent mais dès que l'on pénètre dans le Musée des Beaux-Arts, on en a oublié la plupart. Alors, je me suis laissée guider par les univers qui m'attiraient, me surprenaient ou me procuraient un réel plaisir et j'ai tenté de retenir quelques noms... Je vous propose donc une petite rétrospective de peintres bulgares qui ont attiré mon regard et courtisé mon intérêt, bref, qui m'ont plongée dans un plaisir pur :

images extraites du site du musée*
Au centre, le superbe bouquet en vase de Boris Ivanov. J'aime ses harmonies de vert, de bleu et de blanc. J'ai aussi découvert une Rébecca signée Ivan Milèv, pleine d'entrain et de joie avec son guitariste sous le soleil de la place. Juste à côté, un vase jaune aux orchidées blanches sur fond de nuit, signé Sirak Skitnik. Il gagnerait à être étudié. Il porte l'empreinte des Nabis et il plane chez lui comme un parfum d'Asie, comme on peut aussi le remarquer dans la scène d'intérieur du haut. Les deux élégantes d'Elena Karamihailova me renvoient à Renoir, aussi bien dans le rendu des matières que dans le jeu des couleurs froissées, moirées et irisées. Plus impressionnante tant dans sa perspective adoptée que dans l'exploitation de la lumière reste l'allée forestière de Kiril Tsonev : lorsqu'on se trouve devant la toile, on a l'impression que le chemin s'offre à nous... Le loup n'est pas loin, de toute évidence ! A l'inverse, la rue du village de montagne de Nikola Tanev croule sous le soleil de l'été continental. Le mur d'enceinte de la bonne demeure court le long du chemin de terre battue. Il est d'un blanc immaculé et se mue certainement en écran d'accueil pour toutes les ombres projetées en vagabondage par là-bas. Quant au paysage de Rainov, il faut aller le voir pour de vrai au Musée ! Ses couleurs sont comme couvertes d'émail, à moins qu'il n'ait utilisé des peintures à base d'aluminium si ça existe !! Tout brille, tout a cet aspect irisé. Les parcelles des champs semblent être constituées de papiers de bonbon brillant. Pourtant, c'est de la peinture. Etonnant ! Il y a enfin Stefan Ivanov a exploré à sa façon, une mélancolie à l'automne, sous un marronnier, dans une lumière bleue.
Nikola Tanev sur le site du musée*
La lumière... Reine de la danse, magicienne en continuelle effervescence ! Cabotine certaines fois, évocatrice d'autres fois, elle peut sculpter des silhouettes, théâtraliser des espaces, dompter des ombres satinées, matérialiser le mystère, évoquer le bonheur et la légèreté ou engendrer la nostalgie, s'éparpiller en mille éclats et s'ébrouer en myriades irisées ou se concentrer sur un point et projeter son faisceau là où le regard fera escale. Grâce à elle, à tout le moins, quelques peintres bulgares sortent de l'oubli l'espace d'un instant !


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Palais Kniaz Al. Batenberg, 25 novembre 2009, 9°C.


Friday, November 27, 2009

Le baiser

bulgare

Ce soir-là, une araignée de cristal a quitté précipitamment sa toile en les entendant arriver...
Loin du monde, un peu plus près du ciel,
dans les combles du Palais, ils se sont retrouvés,

ils se sont embrassés,
ils se sont dits des mots doux.
Alors, sans vouloir jouer les filles de l'air
comme l'araignée de cristal venait de la faire,
reprendre les escaliers en catimini,
pour ne pas déranger
les Amoureux des Combles du Palais endormi.

Ici, on ne parle pas de baiser, simplement d'intimité, tel est le titre de cet échange signé d'un artiste bulgare dans les années 30. Pourtant, vous ne trouvez pas que cette scène entre dans la continuité des baisers célèbres de l'art :

photos extraites de différents sites.
Au centre, Renoir puis en tournant autour de l'image, de gauche à droite, en partant du haut : Canova, Giotto, Doisneau, Brancusi, Courbet, Picasso, Magritte, Fragonard, Lichtenstein, fragonard, Klimt, Picasso, Rodin. Pour l'art du baiser : Bretchnev et Honneker.

Un peu plus...
Un très beau livre sur les baisers et les mots doux : Le Baiser, éditions Place des Victoires/Mengès.
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Palais Kniaz Al. Batenberg, 25 novembre 2009, 9°C.

Thursday, November 26, 2009

Je dis le dicton

du jeudi !

Il fait vraiment très beau en ce moment...
"c'est l'été tsigane !"

Merci à mon voisin Georgi, qui sourit derrière sa barbe uniquement lorsqu'il se brûle et qui ne rit que lorsqu'il voit Dieu en personne, la trilogie réunie ! Aujourd'hui, allez savoir pourquoi, il a souri sans se brûler, et en plus, il a essayé de lancer la conversation en commençant par un grand classique : le temps ! Je ne peux dire ou comprendre que : днес времето е много хубаво. Обикновено това не е топло. (Aujourd'hui, il fait très beau ; habituellement, il ne fait pas chaud.)
Or, il m'a appris cette expression fabuleuse : l'été tsigane. que nous traduisons par chez nous par l'été indien, bien sûr. Je suis enchantée !
En bulgare dans le texte :
циганckо* лято е.
A apprendre par coeur !

* mepcи Люсил
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Deux Tsiganes en plein travail de récupération
sur le Boulevard Vitosha (les Champs-Elysées piétons de Sofia),

26 novembre 2009, 10°C.