sur les étals
La famille de
Goliamo et Malko, les radis rendus célèbres par Patatnik
le mois dernier, est plus que jamais présente sur cette table, certains en smoking noir et d'autres en smoking blanc. Devant eux, des sachets de potiron épluché et débité en gros morceaux réchauffent de leur bel orange de mars cette Conférence des Légumes hivernale. On peut les utiliser pour la soupe ou la purée, mais nous, on préfère de loin les tourner en compotes enrichies de quelques pommes bulgares et de lamelles de gingembre frais. Du nanan !
Dans la palette des couleurs chaudes, on relèvera également la présence dominante de... liasses de 10 en poivrons aplatis comme des crêpes, sans pour autant avoir été repassés et tous, emmaillotés d'un élastique coloré. On dirait même qu'ils ont été vernis tant ils brillent. Sont-ce là des réserves pour l'hiver ? Comment les utilise-t-on ? J'aurais tendance à les monter en guirlande pour le sapin, ou mieux, à les mettre sous verre, tant leur couleur authentique est magnifique ! Mais ici, rien que de le penser, cela me paraît être déplacé !

Enfin, en provenance directe des Trois Ours de Boucle d'Or, à plusieurs dans les grands pots et moyens pots (à couvercle jaune) et en solo dans les petits pots (à bouchon rouge ou bleu), vous sont proposés des légumes de toute sorte plongés dans la saumure. Il n'y a pas de mot en français pour les nommer. Les Anglais parlent de "pickles" et ici, on dit
: "tourchia" (Tуршия). Du chou-fleur à l'oignon, en passant par la carotte, le poivron jaune, vert ou rouge, le cornichon "russe" et les petites tomates rouges ou vertes, tout y est. D'ailleurs, en voyant les étages de légumes différents, je me suis souvenue de ceux des conserves de fruits que ma grand-mère préparait durant tout l'été. Contrairement à la
tourchia, "la liqueur de jeune homme" appartenait au registre des desserts : elle mettait à macérer dans un grand bocal d'eau de vie tous les fruits de la saison qui poussaient dans son jardin. Placés en strates, il y avait d'abord les cerises, puis les prunes ou mirabelles, les framboises, les groseilles, les fraises, et cela se terminait par quelques poires. Tout les invités macéraient donc gentiment dans l'alcool de fruit, -la goutte de pomme du grand-père, c'était le meilleur !-, en attendant que le bocal se remplisse. Au début de l'automne, ma
баба le fermait définitivement avec une feuille de papier sulfurisé et un couvercle métallique et allait le placer -avec les autres- dans son placard des réserves, oublié au fond de l'arrière-buanderie de la cour ! On savait bien qu'il n'en ressortirait qu'un an ou deux ans plus tard !! Les adultes y avaient droit, après le café, en guise de pousse-café. Nous, enfants, à force de réclamer, on y goûtait un peu aussi, dans un verre aussi grand qu'un dé à coudre de nain... Souvenirs ! Ici, ce mélange de légumes saumurés, la
tourchia donc, se sert le plus souvent coupés en petits morceaux pour agrémenter l'apéritif.

Rouge garance en liasses, orange de Mars en morceaux et jaune d'or en petits piments saumurés, qui a dit que les couleurs de l'hiver étaient fades ?
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Marché de Graf Ignatiev, 6 décmbre 2009, 6°C.